Posté le 09 Juillet 2010 dans
L'Europe
Le Figaro, 9 juillet 2010. Indigné par le tour pris par l'affaire Woerth-Bettencourt, l'eurodéputé UMP Dominique Baudis appelle au respect de la présomption d'innocence.
LE FIGARO. - Que vous inspire la polémique autour des témoignages de l'ancienne comptable de la famille Bettencourt ?
Dominique BAUDIS. - Un sentiment d'écœurement quand je vois des accusations qui s'étalent dans la presse à partir de déclarations d'un témoin dont on apprend le lendemain les rétractations. Voilà quelqu'un qui a expliqué avoir assisté à des remises d'enveloppes au président de la République quand il était élu à Neuilly et qui se rétracte en expliquant que cela a été inventé par Mediapart. Quand je vois le débat politique tourner autour d'assertions qui se révèlent mensongères, quand je vois les personnes mises en cause sommées de prouver leur innocence, cela m'inspire de l'écœurement.
La rétractation partielle de Claire Thibout altère-t-elle la qualité du reste de son témoignage ?
À partir du moment où quelqu'un revient sur certaines de ces accusations, on est en droit de remettre en doute l'ensemble de ses propos.
Éric Woerth devrait-il mettre fin au cumul de ses fonctions de trésorier de l'UMP et de ministre ?
Y a-t-il une loi qui interdise à une même personne d'être trésorier d'un parti et ministre? Non. Et l'on vit dans un pays où ce qui n'est pas interdit est autorisé. De surcroît, ce n'est pas une nouveauté puisqu'il exerce ses fonctions de trésorier depuis des années. Pour moi, c'est une question d'interprétation politique. C'est à Éric Woerth d'apprécier la situation.
Quelles sont, à votre avis, les origines des dérives que vous dénoncez ?
J'étais intervenu sur ce sujet devant la commission parlementaire sur Outreau. Selon moi, les premières causes des dérives sont le non-respect du secret de l'enquête - et l'on voit aujourd'hui où cela mène - et le non-respect de la présomption d'innocence. D'une certaine manière, le monde politique portait lui-même atteinte à la présomption d'innocence en contraignant un ministre mis en examen à démissionner. S'il quitte le gouvernement, c'est qu'il est présumé coupable. S'il est présumé innocent, il n'y a aucune raison à lui faire quitter le gouvernement. Dominique Strauss-Khan et Gérard Longuet ont démissionné tous les deux de leurs fonctions ministérielles parce qu'ils étaient mis en examen. Ils l'ont fait, je l'imagine, à contrecœur. Et pour quel résultat? L'un et l'autre ont bénéficié, quelques années plus tard, d'un non-lieu.
Selon vous, c'est la presse qui est en cause dans cette affaire ?
Dans la presse, comme dans la justice, certains font leur métier avec conscience, c'est-à-dire avec la volonté d'informer, de connaître la vérité et de la révéler. C'est ce qu'on appelle le journalisme d'investigation. D'autres sont passés du journalisme d'investigation à un journalisme d'instigation, qui incite les personnes à proférer des accusations. Dans l'affaire où j'avais été accusé de choses épouvantables - et qui s'est conclue par une condamnation à des peines de prison des personnes qui m'accusaient -, tous les journalistes n'attisaient pas l'incendie. Mais ceux qui le faisaient, comme La Dépêche du Midi ou Karl Zéro, n'avaient pas d'autre objectif que de manipuler l'opinion.
Pensez-vous, comme certains à l'UMP, qu'il faille légiférer sur la presse ?
Beaucoup de textes, de chartes professionnelles, aussi bien au niveau international que national, existent déjà. Malheureusement, elles ne sont pas respectées par tout le monde. Dans toutes les professions qui veulent préserver leur autonomie, comme les professions médicales, il existe des autorités. Elles ne se font pas imposer ni les règles, ni leur application par les pouvoirs extérieurs mais elles créent une autorité interne pour juger de situations comme celle-là.
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